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2 réflexions sur le Crowdfunding

13 août 2014 by Jemrys

Comme annoncé dans l’article de mes réponses aux questions de Coralie David, je reviens avec les réponses faites dans le cadre de la rubrique Vox Populi du magazine Di6dent #7, dont le thème était alors ULULE, KICKSTARTER & CO, LA BOÎTE DE PANDORE DU JDR ?

Les réponses datent de novembre 2012, mais sont d’ordre assez général finalement. Il serait intéressant de connaître la progression en nombre de projets depuis, pour mettre ça en parallèle par exemple. Bref, trêve de bavardages, et bonne lecture.

Avez-vous déjà utilisé Ulule ou un autre système similaire pour financer l’édition d’un de vos jeux ? Si oui, pourquoi avez vous fait ce choix plutôt que de passer par une édition « classique » ?

Oui, nous avons déjà utilisé le principe du crowdfunding via la plateforme Ulule.

Avant toute chose, il est bon de préciser que ce principe n’est pas fondamentalement opposé à ce que vous appelez « une édition classique ». La levée de fonds n’est en effet jamais qu’une évolution du principe de souscription, principe désormais utilisé surtout pour des ouvrages coûteux et tirés à peu d’exemplaires. Vous savez ces pubs qu’on voit des fois dans les magazines TV pour telle encyclopédie, telle collection etc., ben vous ne le savez pas, mais c’est de la souscription, et derrière, la plupart du temps, vous avez des « éditeurs classiques ».

Le marché restreint du JdR impose aux éditeurs de faire des tirages courts, c’est difficilement rentable (dans « l’édition classique », avec les mêmes données, un livre de JdR couterait entre 25 et 50 % plus cher) et quand on fait de la création (en opposition avec la traduction), la prise de risque est d’autant plus grande. Le crowdfunding est donc un moyen de limiter cette prise de risque, mais rarement de la couvrir complètement (sauf éventuellement dans le cas de succès énormes). J’y reviendrais après, mais c’est également un moyen d’augmenter la qualité des livres.

Un autre facteur, et pas des moindres, à prendre en compte, concerne l’aspect promotionnel. En effet, dans « l’édition classique », une part importante de la promotion est assurée par un intermédiaire particulier, le diffuseur, dont le rôle consiste à assurer une visibilité augmentée et optimale des produits qu’il représente. Cet interlocuteur étant absent de la chaîne du JdR, et la mise en avant en boutique étant souvent plus que restreinte (au profit du jeu de plateau, de figurines, et de cartes à collectionner), il faut trouver des solutions alternatives pour s’assurer de développer une visibilité qui permette de ne pas être (trop) déficitaire. Internet en général et les plateformes de crowdfunding en particulier font partie de ces solutions. De fait, Ulule assure d’une certaine manière le rôle de diffuseur (et prend l’équivalent de la part allouée à cet interlocuteur dans « l’édition classique »), et ce, directement auprès du public.

Pour l’éditeur, c’est aussi un moyen de jauger de l’intérêt du public pour sa production, et d’éviter ainsi de faire un bide (qui pourrait très vite être fatal à sa structure), mais aussi de se faire plaisir, à lui et au public, en augmentant la qualité du livre et/ou  en proposant des éléments exclusifs prisés des collectionneurs.

Bien sûr, cela ne dispense en rien l’éditeur de faire ses propres choix, et c’est même plutôt conseillé, sous peine de se retrouver d’un côté avec des livres disparates en termes de qualité, finitions, etc. et de l’autre, et qui est plus dommageable, de se laisser porter par le public au lieu de porter et valoriser ses productions, ce qui reviendrait à ne plus assumer son travail d’éditeur.

Don’t Rest Your Head/Don’t Lose your Mind, la VF,
tout premier jeu de rôle à être financé sur Ulule, et c’était chez nous !

Le crowdfunding représente-t-il pour vous une chance ou au contraire un risque pour la qualité globale du jdr francophone ?

Comme souvent les choses ne sont ni toutes blanches, ni toutes noires, il y a des avantages et des inconvénients qui sont à prendre en compte et à méditer. Pour les avantages, en permettant à tout un chacun de présenter son projet, le crownfunding favorise la diversité, en nombre de titres notamment, c’est-à-dire qu’il y a une augmentation de l’offre, ce qui signifie pour le joueur/client une plus grande possibilité de choix, et donc a priori plus de chances de trouver le ou les jeux qui lui correspondent.

D’un autre côté, cette facilité d’accès pour ceux qui voudraient publier un ouvrage peut s’accompagner d’une tendance à oublier certaines spécificités du métier d’éditeur ou des différentes étapes de production d’un livre, ce qui peut amener à des ouvrages inachevés ou bugués, mais également à oublier la rémunération des intervenants, c’est un risque.

Le travail d’éditeur consiste à avoir une réflexion et un travail sur la forme, mais aussi sur le fond et le contenu. C’est quelque chose qui peut demander un certain travail en amont, et un regard extérieur autre que celui des copains testeurs. La tentation est grande de se passer de cette réflexion lorsque des outils comme Ulule sont disponibles.

De fait l’inconvénient majeur de cette accessibilité est effectivement une perte de qualité globale par rapport au nombre de productions.
Cela dit d’un certain côté, c’est aussi quelque chose qui va pousser à l’innovation, à faire évoluer le jeu de rôle, car pour vraiment se démarquer au milieu d’une offre grandissante, il va falloir redoubler de travail et d’idées, d’originalité et de qualité. Mais c’est un processus qui prend du temps.

Aujourd’hui, sans tirer de conclusions trop rapides, il est légitime de s’inquiéter pour la qualité globale du jdr francophone, car elle va probablement se diluer un temps dans le nombre des productions. Mais on peut espérer que ça donnera un nouveau souffle au jeu de rôle et lui permettra éventuellement de sortir de sa niche. Et là on pourra commencer à rigoler…

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About Jérémie Rueff

Directeur de la collection In Vitro et coordinateur éditorial de la gamme Within, l'un des 3 administrateurs des Écuries d'Augias avec Yann et Christophe. Par ailleurs fabricant professionnel dans l'édition. Concernant le jeu, je favorise l'interactivité entre univers et système, et je préfère la psychologie et l'ambiance à la simulation pure.


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